AI FOR ALL

l'IA générative érigée en service public

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L'IA générative peut-elle devenir un service public, au même titre que l'éducation ou la santé ? La Corée du Sud a décidé de tester grandeur nature cette hypothèse, avec un programme baptisé « AI for All » (L'IA pour tous).

Un accès gratuit et illimité promis à chaque citoyen

Le gouvernement sud-coréen a officiellement annoncé le programme « AI for All » le 1er septembre. L'objectif affiché : offrir à chacun des 52 millions de citoyens un accès gratuit à des outils d'IA générative, sans plafond de jetons (« tokens »). Selon les responsables cités par la presse spécialisée, les services seront gratuits et sans limite stricte sur le volume de requêtes.

Le déploiement national est attendu avant la fin de l'année 2026.

Trois consortiums retenus, Naver hors jeu

Le ministère des Sciences et des TIC a sélectionné trois consortiums public-privé pour le projet :

  • SK Telecom, avec son modèle A.X K2, fort de 688 milliards de paramètres ;
  • KT, avec son modèle Mi:dm K Pro 2.5, intégré au portail Daum ;
  • Kakao, qui mise sur son modèle Kanana, distribué directement via KakaoTalk, la messagerie que la quasi-totalité du pays utilise au quotidien.

Naver, pourtant doté de son propre modèle HyperCLOVA X, a refusé de participer au programme, invoquant des délais trop serrés et l'obligation d'intégrer les modèles de ses concurrents.
Le cahier des charges impose que les modèles nationaux couvrent au moins 50 % du système déployé, et que d'autres entreprises coréennes en couvrent au moins 30 % supplémentaires. Les entreprises sélectionnées doivent par ailleurs compléter le soutien public en GPU (512 puces B200 de NVIDIA à se partager fournis par le gouvernement) par leurs propres financements. Le programme est prévu pour s'étendre jusqu'en 2030.

Un budget en forte hausse

Cette initiative s'accompagne d'une hausse significative des dépenses publiques en IA : 10,1 trillions de wons (environ 7,2 milliards de dollars) sont alloués au développement de l'IA pour 2026, soit trois fois le montant de l'année précédente. Les dépenses de R&D dans le secteur devraient, elles, augmenter de 19,3 %.

Une aide publique complémentaire est promise pour 2027, mais son montant n'a pas encore été rendu public.

Une IA connectée aux services publics

Au-delà du simple accès à un chatbot, le gouvernement veut intégrer l'IA générative à plusieurs démarches administratives et du quotidien : prise de rendez-vous médicaux, aide au calcul et au paiement des impôts (y compris pour les petites entreprises), recherche d'emploi, recherche de logement, ou encore contenus éducatifs pour les enfants. Le programme prévoit aussi la formation de 11 000 spécialistes de l'IA et un élargissement de l'éducation à l'IA pour tous les âges.

La « souveraineté IA »

Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de « souveraineté IA » portée par le président Lee Jae-myung, qui a multiplié les prises de parole sur le sujet. En novembre dernier, il déclarait devant les parlementaires :

« À l'ère de l'int elligence artificielle, prendre un jour de retard pourrait signifier prendre une génération entière de retard, nous faisons face à une crise urgente, c'estune question de vie ou de mort ».

Fin juin, en annonçant un vaste plan d'investissement, il a réaffirmé vouloir sécuriser rapidement trois piliers jugés stratégiques : les semi-conducteurs, l'IA physique et les centres de données d'IA.

Le ministre des Sciences, Bae Kyung-hoon, a résumé l'enjeu commercial du programme :

« Pour convaincre les utilisateurs de quitter les services d'IA étrangers qu'ils ont payés, nous devons fournir des services encore meilleurs. »

Selon lui, la priorité est d'intégrer des services d'agents publics offrant des fonctions absentes des plateformes étrangères.

L'initiative fait par ailleurs suite à une déclaration du vice-Premier ministre en mai, selon laquelle les bénéfices de l'IA devraient profiter au plus grand nombre : une déclaration intervenue alors que le syndicat de Samsung se mobilisait sur la question du partage des profits liés à l'IA.

Le poids des plateformes étrangères

Le programme répond à un constat chiffré : selon la société d'études Wiseapp-Retail, environ la moitié des Sud-Coréens avait utilisé une application d'IA générative en février. D'autres données évoquent que près des deux tiers des Coréens ont déjà essayé l'IA, et 44,5 % (environ 23 millions de personnes) en utilisent régulièrement.

Or ces usages profitent surtout aux acteurs étrangers : en avril 2026, ChatGPT dominait le marché coréen avec 23,45 millions d'utilisateurs, devant Gemini (8,45 millions) et Claude (2,41 millions). Seuls 1,8 million de Coréens paieraient pour un service d'IA, un chiffre à mettre en regard avec une autre estimation évoquant environ 25 % de la population disposée à payer pour des outils d'IA à comparer aux quelque 9 % de la population française, selon la même source.

Encore de nombreuses inconnues :

  • La qualité réelle des modèles coréens face à des références comme ChatGPT ou Claude, déjà largement adoptées gratuitement.
  • Le financement à long terme du dispositif n'est pas garanti, un tel service étant coûteux à faire fonctionner à grande échelle.
  • Les utilisateurs habitués à un outil américain changeront-ils spontanément d'habitude, même face à la gratuité ?

Si le pari tient, la Corée du Sud deviendrait le premier pays du G20 à ériger l'accès à l'IA générative en véritable infrastructure publique, gratuite et universelle.


Sources