Le télescope spatial Nancy Grace Roman de la NASA a décollé dimanche 30 août 2026 à 13h26 heure de Paris, depuis le Kennedy Space Center à bord d'une fusée Falcon Heavy de SpaceX. L'agence spatiale française, le CNES, a contribué à cette mission développée par la NASA.

Champ de vue du satellite Roman, par rapport à celui d’Hubble © NASA
Principales missions :
- explorer la matière noire et l'énergie noire, qui régissent la structure et l'expansion accélérée de l'univers
- recenser et étudier les exoplanètes
- soutenir un large éventail de recherches en astrophysique, au-delà de ses objectifs scientifiques principaux.
La matière noire est une forme de matière hypothétique qui n'émet, n'absorbe ni ne réfléchit de lumière (ou tout autre rayonnement électromagnétique), ce qui la rend invisible aux instruments d'observation classiques. En observant le ciel, des astronomes ont repéré des anomalies que les modèles cosmologiques existants ne suffisaient pas à expliquer. Ces indices ont mis les chercheurs sur la piste de l’Univers invisible.
En 2023, le télescope spatial européen Euclid, dont le CNES est partie prenante, a été lancé avec pour mission de lever le voile sur ces composants de l’Univers sombre.
Selon la théorie du Big Bang, notre univers s’est déployé lors d’une formidable poussée d’énergie et, depuis, il continue de s’étendre. Cette théorie est la plus crédible à ce jour, mais elle conserve de sérieuses inconnues. Elle suppose notamment la présence de matière et d’énergie que l’on ne sait pas voir. En résumé, la plus grande partie de l’Univers est invisible à nos yeux !
© CNES
Le voyage :
Roman rejoindra le point de Lagrange* L2, à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre, pour une mission primaire prévue sur cinq ans, avec une extension possible de cinq années supplémentaires. Il viendra compléter les observations de Hubble, James Webb et Euclid. Son trajet sera de trois mois et environ un million de miles pour rejoindre son orbite définitive. Durant cette période de mise en service, les équipes scientifiques procéderont à une série de calibrations et de tests des instruments. Les premières images de l'observatoire sont attendues début 2027.
*Point de Lagrange : endroit dans l'espace où les forces gravitationnelles de deux grands corps (par exemple le Soleil et la Terre) s'équilibrent avec la force centrifuge d'un troisième corps de masse négligeable, de sorte que ce petit objet peut y rester en position stable par rapport aux deux autres, sans avoir besoin de beaucoup d'énergie pour s'y maintenir. Dans le système Soleil-Terre, il en existe cinq, notés L1 à L5 :
- L1 : entre le Soleil et la Terre : utilisé par des satellites d'observation solaire car il offre une vue permanente du Soleil.
- L2 : à l'opposé du Soleil par rapport à la Terre, à environ 1,5 million de kilomètres de nous, c'est là que sont placés les grands télescopes spatiaux modernes (James Webb, Euclid, et donc Roman). Cet emplacement présente plusieurs avantages : le télescope reste à distance constante de la Terre (facilitant les communications), et le Soleil, la Terre et la Lune restent tous du même côté, ce qui permet de les bloquer avec un seul bouclier thermique pour garder les instruments très froids ce qui est essentiel pour l'observation en infrarouge.
- L3 : de l'autre côté du Soleil, caché derrière lui vu de la Terre.
- L4 et L5 : forment des triangles équilatéraux stables avec le Soleil et la Terre, l'un en avance, l'autre en retard sur l'orbite terrestre souvent utilisés pour "parquer" des objets ou débris naturels.
Cartographie de la matière noire © Rubin Obs/NSF/AURA/J. Pinto
Pourquoi le téléscope s'appelle Nancy Roman ?
Le WFIRST Telescope a été rebaptisé en hommage à l’astronome américaine Nancy Grace Roman (1925 – 2018), première femme à occuper un poste de cadre dirigeant à la NASA. Elle est devenue en 1959 directrice du département d'astronomie de l'agence et a initié le programme américain d'astronomie spatiale civile pendant les années 1960-1970.
Elle est surnommée la « mère du télescope Hubble », car elle a joué un rôle déterminant dans la conception, la promotion et l'obtention du financement du Congrès pour ce projet lancé en 1990.
Elle raconte avoir demandé à sa conseillère d'orientation la permission de prendre une deuxième année d'algèbre à la place d'une cinquième année de latin. Celle-ci l'aurait toisée avec dédain en lui disant : « What lady would take mathematics instead of Latin? » (« Quelle dame prendrait des mathématiques à la place du latin ? »)


